Auteur
Mathieu
Spécialistes de la livraison entre particuliers et de la mobilité collaborative.
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Trois objets attendent dans une entrée.
Un petit carton de trois kilos. À côté, un second en pèse vingt-sept. Contre le mur, un vélo affiche à peine quinze kilos.
À première vue, le deuxième semble être le plus compliqué à faire partir. Ce n’est pas forcément lui.
Pour un Colissimo à destination de la France métropolitaine, La Poste indique actuellement jusqu’à 30 kg lorsque l’envoi part d’un point de contact postal. Mondial Relay fixe de son côté le maximum à 25 kg pour un colis. Le carton de 27 kg se retrouve donc dans une situation différente selon le réseau envisagé. Quant au vélo, son problème commence rarement sur la balance : ce sont surtout sa longueur et sa forme qui compliquent son transport.
Voilà pourquoi chercher immédiatement un tarif n’est pas toujours la meilleure première étape.
Avant le prix, il y a l’objet.
Son poids, bien sûr. Mais aussi les centimètres qu’il occupe, sa fragilité, la façon dont il peut être chargé et l’endroit où il doit arriver. Une solution très simple pour un carton compact peut devenir franchement peu pratique avec un objet long, alors même que celui-ci pèse deux fois moins lourd.
La balance ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Prenons deux objets de même poids.
Le premier est un carton de livres de 10 kg que l’on peut poser sous une table. Le second est une pièce automobile longue d’un mètre dix.
Sur la balance, égalité parfaite.
Dans un centre de tri ou le coffre d’une voiture, plus du tout.
Les réseaux de livraison travaillent nécessairement avec des limites de format. La Poste fixe par exemple, pour le format standard d’un Colissimo vers la métropole, une somme longueur + largeur + hauteur de 150 cm au maximum, avec un côté le plus long limité à 100 cm. Des dimensions supérieures peuvent encore être admises dans certaines conditions, avec supplément, jusqu’à un plafond de 200 cm pour la somme des trois dimensions.
Mondial Relay utilise un repère légèrement différent : 25 kg au maximum, une somme des trois dimensions ne dépassant pas 150 cm et un côté limité à 120 cm.
Ce décalage de vingt centimètres paraît anecdotique.
Il ne l’est plus lorsque votre paquet mesure précisément 110 cm.
Imaginons un emballage de 110 × 25 × 15 cm. Son développé atteint 150 cm. Il reste donc dans la limite générale annoncée par Mondial Relay et son plus grand côté demeure inférieur à 120 cm. Chez Colissimo, en revanche, ses 110 cm le font sortir du gabarit standard, même si la somme des trois dimensions reste à 150 cm.
Le poids n’a pas bougé d’un gramme.
La solution disponible, elle, peut déjà changer.
Une boîte contenant des vêtements, des chaussures ou quelques livres correspond exactement à ce que les grandes chaînes logistiques savent traiter en quantité.
On dépose le paquet ou on organise sa collecte. Il rejoint un centre de tri, est regroupé avec des milliers d’autres expéditions puis poursuit son voyage jusqu’à sa destination.
Lorsque le format s’insère sans difficulté dans cette mécanique, il n’y a aucune raison de chercher de la complexité.
Une paire de chaussures qui doit aller de Tours à Lille ne réclame pas nécessairement une organisation sur mesure. Un emballage adapté et un service conventionnel feront souvent parfaitement l’affaire.
C’est même une bonne manière de raisonner : tant que l’objet correspond naturellement au système, laissez le système travailler.
Le problème apparaît lorsque l’une des cases commence à déborder.
Quelques kilos de trop. Un côté trop long. Un carton impossible à porter jusqu’au dépôt. Ou un objet qui ressemble davantage à une chaise qu’à un paquet.
Sur un formulaire, 20 kg restent un chiffre.
Prenez maintenant le carton dans les bras.
Descendez quatre étages. Traversez la rue. Ouvrez le coffre. Roulez jusqu’au point de dépôt. Cherchez où stationner. Sortez-le de nouveau.
Le problème ne se trouve plus seulement dans les conditions générales du transporteur.
Il se trouve dans vos bras.
Un paquet relativement lourd mais compact peut parfaitement rester compatible avec un réseau classique. La vraie difficulté consiste alors à lui faire parcourir les premiers mètres.
C’est là qu’une collecte à l’adresse de départ peut devenir plus intéressante qu’un changement complet de mode de transport.
Et les conditions peuvent varier fortement selon la manière dont l’objet est remis au réseau. La Poste indique par exemple jusqu’à 30 kg pour un Colissimo déposé dans un point de contact postal en métropole, mais 5 kg maximum pour une expédition effectuée depuis la boîte aux lettres.
Autrement dit, deux questions qui semblent identiques ne le sont pas :
« Ce réseau accepte-t-il mon paquet ? »
et
« Puis-je le faire partir directement de chez moi ? »
La réponse peut être oui à la première et non à la seconde.
Les consignes automatiques ont rendu certains envois particulièrement pratiques. On vient quand on le souhaite, on ouvre le casier, on dépose et l’affaire est réglée.
À condition que la porte ferme.
Mondial Relay annonce actuellement pour ses Lockers un format maximal de 64 × 40 × 38 cm, avec un poids pouvant atteindre 25 kg.
On retrouve alors un paradoxe assez fréquent.
Votre paquet ne pèse que 8 kg. Il est donc très loin de la limite de poids. Mais s’il mesure 70 cm de long, la question est déjà réglée : ce mode de dépôt précis ne conviendra pas.
C’est pour cela qu’un comparatif basé uniquement sur des tranches de kilos raconte souvent une histoire incomplète.
Pour choisir correctement, sortez le mètre avant d’ouvrir le comparateur.
Le vélo posé dans notre entrée pèse environ deux fois moins lourd que le gros carton.
Et pourtant, c’est probablement lui qui demandera le plus de réflexion.
On peut bien sûr le démonter partiellement : retirer les pédales, tourner le guidon, enlever une roue, protéger le cadre et chercher un emballage adapté. Une fois transformé en volume plus compact, il peut devenir compatible avec certaines solutions d’expédition.
Mais cette opération raconte quelque chose d’intéressant.
On ne cherche plus simplement à transporter un vélo.
On cherche à transformer le vélo pour qu’il ressemble davantage à un colis.
Une autre possibilité consiste à retourner le raisonnement : chercher un véhicule qui accepte sa forme telle qu’elle est, ou avec un démontage beaucoup plus léger.
Un break dont les sièges arrière sont rabattus, un monospace ou un utilitaire change alors l’équation.
Et c’est précisément ici que le trajet partagé peut commencer à entrer dans la discussion.
Il n’existe pas de frontière magique.
Une petite commode peut peser moins de 20 kg et occuper la moitié d’une voiture. Un tabouret peut être léger mais terriblement peu pratique à emballer. Une table démontée pourra, au contraire, devenir étonnamment compacte.
À partir d’un certain gabarit, le vocabulaire lui-même commence à tromper.
On continue à chercher un « tarif colis » alors qu’on devrait peut-être se demander :
Quel véhicule faut-il ?
L’objet peut-il être démonté ?
Une personne peut-elle le soulever ?
Faut-il être deux au chargement ?
Passe-t-il par l’ouverture du coffre ?
C’est souvent là que le choix devient plus clair. Le transporteur n’est plus la première variable. La forme réelle de ce qui doit voyager prend le dessus.
La distance semble être le critère le plus évident.
Deux fois plus loin, deux fois plus cher ?
Les réseaux logistiques ne fonctionnent pas exactement comme un taxi. Les marchandises sont regroupées, triées et acheminées avec d’autres. La distance compte, évidemment, mais elle n’est qu’une variable parmi d’autres.
Dans le transport collaboratif, le raisonnement est encore différent.
Imaginez un conducteur qui doit déjà faire Paris-Rennes. Votre objet se trouve à cinq minutes de son point de départ et son destinataire habite près de son arrivée. Même si le trajet approche les 350 kilomètres, le paquet s’intègre assez naturellement au déplacement prévu.
Prenons maintenant un transport de 60 kilomètres. Sur le papier, il est beaucoup plus court. Mais si le conducteur doit commencer par parcourir 25 kilomètres dans la mauvaise direction, puis effectuer un second détour à destination, la situation devient moins intéressante.
La vraie question n’est donc pas seulement :
« Combien de kilomètres doit parcourir l’objet ? »
Il faut également regarder :
« Combien de kilomètres supplémentaires provoque-t-il ? »
Cette différence est au cœur de la logique du cotransportage.
Supposons qu’une automobiliste quitte Lyon samedi matin pour aller voir sa famille à Dijon.
Son coffre est presque vide.
À quelques kilomètres de chez elle, quelqu’un cherche justement à faire parvenir un objet près de Dijon. Les dimensions sont compatibles avec la voiture, les horaires conviennent et les deux points de rendez-vous restent proches de l’itinéraire.
L’objet peut alors profiter d’un déplacement qui devait avoir lieu avec ou sans lui.
C’est l’une des différentes façons d’envoyer un colis, à côté des réseaux classiques, de la collecte à domicile ou des services spécialisés lorsque le bien réclame des conditions particulières.
Le principe possède également une définition juridique précise en France. Le Code des transports qualifie le cotransportage comme le transport privé de biens à l’occasion d’un déplacement que le conducteur réalise pour son propre compte, à titre non onéreux à l’exception du partage des frais. La mise en relation par une plateforme peut, elle, être payante.
Ce cadre explique pourquoi le trajet existant est si important.
Le conducteur ne crée pas une tournée de livraison.
Il avait une destination. Le bien trouve une place sur son parcours.
Prenez deux cartons exactement identiques.
Dans le premier : des pulls.
Dans le second : six verres anciens auxquels leur propriétaire tient beaucoup.
Même poids. Même taille. Même destination.
Mais pas le même transport.
Lorsqu’un contenu supporte mal les chocs, le nombre de manipulations, la qualité de l’emballage, les conditions de chargement et les garanties prévues par le service prennent davantage de poids dans la décision.
Le papier bulle n’est d’ailleurs pas une assurance contre tout.
Imaginez votre paquet au moment où un véhicule freine franchement à 50 km/h. Peut-il bouger à l’intérieur ? Le contenu peut-il heurter une paroi ? Un objet lourd peut-il en écraser un autre ?
Si oui, l’emballage mérite encore du travail.
Quelques photographies prises avant la remise permettent également de conserver une trace de l’état de départ et de la façon dont le bien a été préparé.
Une précaution simple. Pas une séance photo de vingt minutes.
Une petite armoire doit parcourir 250 kilomètres.
Sur une carte, le problème semble évident : trouver le véhicule capable de couvrir la distance.
Puis on découvre que l’armoire se trouve au troisième étage d’un immeuble sans ascenseur.
Le sujet vient de changer.
Un meuble de 35 kg placé dans un garage accessible depuis la rue et le même meuble dans un appartement ancien ne représentent pas la même opération.
Qui le descend ?
Peut-on le démonter ?
La cage d’escalier est-elle assez large ?
Quelqu’un aidera-t-il au chargement ?
Le conducteur pourra-t-il s’approcher de l’entrée ?
Cent kilomètres supplémentaires sur autoroute peuvent parfois être moins problématiques que les quinze mètres séparant le salon du véhicule.
Pour les objets encombrants, la manutention mérite donc d’être envisagée avant la réservation, et non lorsque tout le monde se retrouve déjà devant l’immeuble.
Plutôt que de chercher une solution universelle, on peut partir de quatre situations.
Un petit carton de 2 ou 3 kg laisse beaucoup de liberté. Le réseau classique, le point relais, la consigne ou certaines solutions avec collecte conviendront généralement, à condition que les dimensions respectent leurs règles respectives.
Un paquet de 20 kg mais compact pose une autre question. Son format peut rester parfaitement conventionnel, tandis que son transport personnel jusqu’au dépôt devient pénible. L’enlèvement à domicile mérite alors d’être regardé avant de conclure qu’il faut un service spécialisé.
Un objet de 15 kg mesurant plus d’un mètre inverse le problème. La balance rassure, mais la longueur peut le faire sortir de certains formats standard ou modes de dépôt. C’est typiquement le cas où les dimensions doivent être vérifiées service par service.
Un meuble, un vélo monté ou un objet difficilement emballable demande enfin de raisonner en véhicule, accès et manutention. Selon le cas, un professionnel équipé, un service spécialisé ou un trajet collaboratif compatible pourra être plus pertinent qu’une expédition conventionnelle.
Le chiffre inscrit sur la balance aide.
Il ne choisit jamais à votre place.
Deux offres affichent 18 et 25 euros.
Instinctivement, on regarde la première.
Mais elle demande peut-être de déposer le paquet à douze kilomètres de chez vous, alors que la seconde prévoit une récupération beaucoup plus proche. Une autre offre semblera plus chère mais acceptera un format qui vous évite de démonter entièrement l’objet.
Le prix réel dépasse donc parfois le montant du bordereau.
Il y a le carburant pour rejoindre le dépôt. Le stationnement. Le temps passé. Le besoin éventuel d’une deuxième personne. Le matériel d’emballage. Le trajet du destinataire s’il doit lui-même aller chercher quelque chose loin de chez lui.
Ce n’est pas une raison pour ignorer le tarif.
C’est une raison pour lui demander exactement ce qu’il achète.
On cherche facilement un nom de transporteur avant même d’avoir mesuré ce que l’on veut faire voyager.
L’ordre inverse fait gagner du temps.
Commencez avec une balance et un mètre.
Poids. Longueur. Largeur. Hauteur.
Regardez ensuite la forme de l’objet, sa fragilité et la façon dont il quittera réellement son adresse de départ. Seulement après viennent la distance, les conditions de remise et les différentes solutions disponibles.
Le petit carton trouvera facilement sa place dans un réseau conventionnel. Un paquet lourd mais compact pourra surtout poser un problème de collecte. Un objet long obligera à regarder les limites de format. Un meuble ou un vélo demandera parfois de chercher un véhicule plutôt qu’une case dans un centre de tri.
Le bon choix n’est pas celui qui affiche la promesse la plus simple.
C’est celui qui correspond à l’objet posé devant vous.